L’invisible est pierre si dure

 

N’approchez nul de qui travaille en son sommeil

Son immobilité gardienne des passages draguant l’âme

Il dort le monde, infuse sa rêverie

Il est le sculpteur, le bâtisseur qui enfante,

Lui, l’ami de la forme qui se dérobe encore.

 

a- t-il déjà voit-il séant s’est-il cri soulagement cri perdu pourtant

toujours et si longtemps vivra- t-on jamais le verrons-nous quand

sera-t-il des songes secouer délivrer ici le ramener pourquoi autant

aller si loin lui pauvre et vieux tellement abîmé en vaut-il peine mais

 

L’invisible est pierre si dure qu’il faut, de la rosée de nos absences,

L’amollir au temps, finement tailler buée en cristal de brume.

2009

Il arrive

Il arrive que l’on trouve au pied des montagnes
de quoi arrêter nos soifs et calmer nos impatiences.

Le paysage pleut en nous des paillettes de cime
et nous créons des oiseaux s’envolant du bleu de l’ombre.

Il arrive que nous réussissions à goûter la saveur de l’air,
rassemblant l’horizon au creux de nos paumes.

Magiciens nous réconcilions les parts désunies,
magiciens toute contradiction s’éloigne enfin.

Il arrive que l’un ne soit plus seul
dans l’immense vertige des pays éclatés

Le jour nous meurt soufre
quand les larmes nous renaissent à clarté.

Il arrive que du plus nu de la falaise
nous revienne l’écho des voix oubliées
perçant le silence des chants précoces

Nous entendons alors du bout de nos doigts engourdis
sourdre battements de semence hors du temps minéral.

2009

Tu ne le sauras pas où arrêter ton pas…

Dans le dessin de la brume,
tes lèvres écalées par les baisers du vent,
pour l’aveugle chevauchée, pour l’obstination débridée,

Toi, l’éternel pèlerin
Toi, la flamme ardente
Toi et ton éternelle confusion,
Le nom se perdra des ombres fauchées sur le flou de tes songes.

Tu ne le sauras pas où arrêter ton pas…
L’abri erratique au dessin toujours imparfait
Rêves échevelés, ton appétit ardent
Tu cours sans mesure, défiant le temps.

Toi, l’éternel feu
Toi, le cœur trop ardent
Pour toi, la simple certitude aubépine
de l’attrait des vents et l’ombre sèche des soifs infidèles.

2009

L’heure blanche


Tu la connais
cette heure blanche qui pépie.
L’imaginerais-tu bleu évanescente
comme un rêve posé entre loup et chien?

Tu la connais soif, tu la connais rosée
mouillant l’iris tendre du matin.
Tu la connais veille, tu la connais souffle,
elle qui, de ses mille doigts, écarte les plis de la broussaille.

De merle à merlette, d’ombre à soif,
l’heure porte la sueur des faims grêles aux patiences si fines.
La nuit hésite encore quand le jour regarde déjà,
Le contour des êtres s’outremer, l’aube soulève le noir du creux des arbres.

2009

Verticale

Verticale
A pleine sève
En plein cœur
Le tronc dévasté s’élance encore
Courant le rythme de la paroi
Traversière.

Dans le creux du temps
Cheveux d’ange
Autour du cœur exsangue
S’organisent les floraisons
Arc en terre
Murmure du faisceau
entre l’assise écorcée

Tu es là,
sur le tronc froid,
lorsque, dormant de la défaite de l’arbre,
l’absence n’est plus le rien,  l’élan court encore.

2009

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