Portraits poétiques – présentation

Portraits poétiques

Dans la rencontre, je voulais prendre ma part.
Je ne pouvais accepter qu’on dise simplement : ils sont fainéants, violents, intolérants, inconséquents, racistes… Je ne pouvais pas l’accepter parce que la rencontre me semble bien plus riche qu’un simple cliché. Le cliché, quand il est dégainé trop vite, coupe court à la rencontre, il ouvre la voix au mépris. Cela, je ne pouvais l’accepter.
Eux et nous, c’est une autre chose que je n’accepte pas. Parce que je me sens eux comme je me sens nous. C’est une question de dignité. De fraternité, comme dit l’autre.
De quelle manière prendre part ? Je suis écrivaine, je suis poète, j’ai pour moi cette possibilité de prendre le temps. D’écouter puis de restituer, avec mes mots mais pas seulement. Avec des mots dont ils ou elles puissent se sentir fier.e.s. Ils ou elles. Les gilets jaunes de ma vallée. Ceux du rond-point de Schirmeck, ceux du rond-point de Saint-Dié, peut-être plus loin. Je me suis dit que je pouvais faire leur portrait.
Dire sans réduire. Tenter de faire entendre au plus près de leur parole. Sans apparaître comme prédatrice.
Mon but n’est pas de faire à partir de mais de faire avec. Que l’écriture naisse au sein de cette rencontre et qu’elle y reste fidèle. Il me faudra écouter et puis réécouter. Il me faudra écrire et faire relire, échanger et modifier, coudre et recoudre encore le texte afin qu’il s’ajuste le mieux possible à la parole entendue. Ce serait comme tailler un vêtement sur mesure. Écrire comme on serait artisan.
Un portrait, un poème. Cela me plaît d’assortir chaque portrait d’un poème. C’est la part dédiée à l’envol. Un horizon utopique de la parole entendue. Mon regard sans retenue. La possibilité que je me donne d’un écart. Le portrait c’est elles, c’est eux, ce sont les gilets jaunes de ma vallée, le poème c’est un peu moi d’un peu d’eux, une sorte d’alchimie.
Le contrat est clair, je ne publierai pas de portrait sans que la personne ne donne son accord. C’est une question d’honnêteté. Mais si elles, ils, y consentent, j’aimerais qu’ils, elles, soient rendu.e.s visibles. J’aimerais qu’il y ait leurs mots, j’aimerais qu’il y ait leurs noms, j’aimerais qu’il y ait leurs visages.
Pour cela, il est possible que nous puissions faire venir d’autres artistes à ce projet. En veillant à ce que l’esprit de l’accord ne se perde. Faire avec. Faire dans le sens d’une dignité partagée. Faire en prenant le temps de la rencontre. Faire en sorte que lève la fierté du bel ouvrage accompli ensemble.

Myriam Sonzogni
Février 2019

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