maintenant le feu !

La nuit parfois cela t’arrive. Le flux.

Tu frémis jusqu’à l’extrémité de tes parois

sous la caresse naissante de l’espace flou.

Sur ta peau fleurissent milles perles de sueur -bleuet,

éclaboussant le ciel à des années-lumières autour de toi.

La nuit, de ta chair humide et dense monte le fumet de la terre noire des confins.

Tu es une planète d’eau et de sable couvant sur ton nid de brasier

des mots tectoniques. Le flux.Tu le sens

dans le désordre de tes intuitions

percuter ta surface comme un essaim de météorites.

Tu vaporises tu t’évapores tu te buées dans l’espace

tandis que ta gorge tandis que tes lèvres

projettent à des années-lumière autour de toi

l’aboiement rauque des étoiles.

Ici maintenant tu le sens

Ton ventre gorgé de novas

qui n’en finissent pas d’éclater tes entrailles.

Tu es une multitude d’explosions

dans le ciel

à toi seule,

volcanique

atome

irradiant les poches de l’horizon sans rivage.

Tu es la joie, tu es la colère, tu es le désir.

… Maintenant le feu !

Myriam Dhume-Sonzogni
janvier 2018
maintenant le feu !

Sommes-nous devenus des anges ?

Le ciel se défaisait entre nos doigts,

nous enfilions nos rêves à l’envers

chaussant des bottes d’éternité.

A quel moment sommes-nous devenus des anges ?

 

 

novembre 2017

Nous sommes ici. We are here l.

This is my testimony, ceci est mon témoignage.
L’horizon était d’acier alors nous sommes partis,
quand la rouille menaça de prendre nos âmes alors nous sommes partis.
Il est risqué dans la vie de ne pas prendre de risques
car la vie elle-même est un risque, life herself is a risk,
alors nous sommes partis.

Nous avons mis nos pas dans les pas de la route.
Pour longtemps et pour si peu.
Le désert succédait au désert, le cuivre succédait au cuivre
pour longtemps et pour si peu, bravant l’hostilité du sable
nous avons prié sans fin pour qu’au devant de nous
les couleurs redeviennent des montagnes.

Nous étions vivants mais pour combien de temps encore?
Les montagnes ne nous cachaient pas, les gens ne nous cachaient pas.
Nous étions vivants, seuls, impuissants et la poussière des prisons suffoquaient nos poumons.
Alors nous sommes partis
and we ran to the sea et nous avons couru vers la mer.
Le bleu des eaux nous parut plus beau que le chant des ancêtres.

Nous ne le savions pas.
La mer est belle mais ses larmes sont acides.
Le bleu mordit nos cuisses et arracha notre peau,
la vague engloutit le chant de nos ancêtres, nous ne le savions pas,
la mer n’est pas un lieu que l’on parcourt
the sea is not a road, la mer n’est pas une route.

Nous sommes vivants et ceci est notre témoignage
pour nous-mêmes et ceux qui n’y sont pas arrivés
pour nos amis, nos frères, pour ceux que la route a mangés.
Nous sommes là devant vous et notre cœur est vibrant,
notre corps est meurtri nos âmes sont meurtries, mais notre volonté est d’acier.
Nous avons pris la mer et nous n’en sommes pas morts.

Ecoutez notre chant. Il coule dans nos veines plus fort que le cuivre plus bleu que la mer,

écoutez notre chant, listen to our song.

  19.10.2017
* Les paroles en italiques sont extraites du film Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi. Pour ces paroles, il y a un chanteur et un choeur d’hommes dont je ne connais malheureusement pas les noms. Je leur dédie ce poème.

Nous sommes ici. We are here II.

Là où les nuages se sont arrêtés,
au pied de vos montagnes,
nous nous sommes assis.
Le blé levait dans vos champs,
semblable au blé qui levait dans nos champs
avant.

Avant que les oiseaux noirs ne viennent
chez nous. avant.
l’effroi. avant. la perte. avant.
la route.
avant, before.

We sat down.
Votre blé parlait notre langue alors nous nous sommes assis.
Le long de vos prairies, aux abords de vos fermes,
nous avons déposé nos bagages.
Finally. Enfin.

Devant nous, la plaine était bleue,
semblable au bleu qui levait le fond de nos âmes.
Alors nous nous sommes assis.

31 janvier 2018

Nous sommes ici. We are here III.

Le long de vos prairies, aux abords de vos fermes
Nous avons déposé nos bagages
et nous avons attendu.

Que votre blé monte et qu’il soit moissonné.
Que les oiseaux du sud nichent et qu’ils s’en retournent chez eux
Que vos fruits mûrissent et puis qu’ils se dessèchent
Que vos montagnes s’éclaircissent et puis s’éloignent.
Nous avons attendu.

Le ciel n’était plus le ciel, le ciel n’était plus le sang,
le ciel était vert de cette attente qui n’en finissait pas
de recouvrir la peinture de notre âme.

Nous étions fait de mousse, nous étions fait de nuit
le cœur aussi lourd qu’une souche
sans faîte et sans racines.

A quel monde appartenons-nous encore ?

janvier 2018

Nous sommes ici. We are here IV. Dans le camps.

Il reste un peu d’or au fond de notre œil.

Parfois nous pensons au pays.
Nous pleurons, nous rions,
l’un d’entre nous chante parfois
et sa voix perce la gorge des parois
qui, sans voie nous assignent.

Mais ne croyez pas cela,
ne croyez pas que nous rêvions en couleurs
ne croyez pas que nous rêvions encore.

Croyez-vous seulement que nous dormions encore ?

Novembre 2018

Nous sommes ici. We are here V.

Dans mon pays, on laisse reposer les routes à l’entrée de la nuit.
La chaleur d’un feu n’est jamais refusée,
on fait assoir celui qui voyage.
Au matin, personne ne confisque l’ombre de celui qui repart.

On mange avec celui qui mange, on chante avec celui qui chante.
Dans mon pays, aucun père ne pleure seul sans que l’on pleure avec lui
l’encre effacée du prénom de son fils.
Il y a des palmeraies dans mon pays où il fait bon prendre le thé avec un ami.

Dans mon pays, certaines questions s’envolent avant d’être posées
le silence n’est jamais insistant
on n’en demande pas plus aux douleurs aphones.
On sait que mille anges dans le ciel n’égaillent pas une aube éplorée.

Dans mon pays, on ne soupèse pas la cicatrice de l’homme mis à nu.
On ne sonde pas la pupille de son œil,
on ne soutire pas l’empreinte de ses doigts.
Dans mon pays… ô mon pays…

Mon pays a pris feu à l’intérieur de mon âme,
au fond de la nuit
bleue et sans larme.

avril 2018

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