Le lieu n’est pas celui d’un poème

Le lieu n’est pas celui d’un poème

Le lieu n’est pas ici celui d’un poème. Une verrière urbaine sur la nuit ferroviaire. Ceux qui arrivent prennent place de ceux qui repartent, ceux qui partent essaieront d’arriver cette nuit encore.

Routes sur des rails, nous courant l’air
ici, dans la salle de nos pas éperdus.

Coulés en vertèbres métalliques, nos corps sans dossiers ont soif d’équilibre. Désaxe hors de nuit, le siège nous refoule inexorablement

Ne reste pas voyageur longtemps immobile…
ici dans le cimetière sans tourbe d’une attente perdue

Devant moi, elle. N’est pas ni tendre ni figure de poème. Elle. Il y a ses sacs. Ils ne repartent pas.
Immobiles et le ventre crevé

Ses sacs sont à demeure
ici même au vestibule crochu des âmes éperdues

Sinon cette couverture roulée sinon des cartons en attente sinon des journaux où elle n’est pas
encore. Autrement rien. Elle dort. Essaie. Sursaute.

La nuit en une partance fracturée
la nuit ici plutôt qu’ailleurs, dormir ici nos rêves à nu

Sa tête comme immergée dans un bain de nuit. Elle plonge manque de souffle. Dort essaie sursaute, son sommeil est une douleur pourtant

Le pire ici n’est pas encore
quand la buée joue sur les vitres une larme plutôt qu’un vide

N’ont retenu que la poussière, ses ongles maculés de nuit. Elle. Encache son visage entre ses mains.Berce sa peur, retient son ventre. Elle que le sommeil récuse, le songe est son ennemi

aimerait sans doute être boule ailleurs plutôt qu’ici,
souche plutôt que ronce,amas sans saillance

Serrant des mains un rêve perdu ou fracturé, elle dormant sans nuit sursautant sa flamme. Respire encore, elle sursoit à la poussière. Sursaute, dort, essaie. Survit

Une soeur,
partageant l’orée de notre peur.


Un ange est venu

Un ange est venu

Un ange s’est posé sur l’arbre rouge à la cime tronquée
L’air est transparent,
Le magnolia étourdit à poing fermé
le vent,
qui n’a de prise sur ses pétales
aujourd’hui.
Demain
il fera floraison.
Qu’il prenne le temps
de nous laisser jouir encore de sa promesse,
Demain l’ange s’envolera lever d’autres éphémères.

mai 2013

Parfois je disparais

Parfois je disparais

Parfois je disparais.
Immense est la douleur.

La nuit monte,
Elle n’est pas noire
Sa transparence est un vertige dans laquelle je me dissous encore.

Il y a des amarres
il arrive que la nuit les fasse fondre
et je ne suis plus rien
d’autre que ces mots sur la page.

J’écris comme on allume des lampions dans la nuit
pour donner corps aux ombres derrière moi.

Kalachnikovs

Kalachnikovs

Il nous faut pourtant des forces pour continuer encore.
Ce soir la fatigue est grande,
la tristesse comme un froid qui nous mord du dedans.
Autour de nous, l’air déchiqueté en éclats irrespirables.

Kalachnikovs
Cette facilité du sang, contagion de la haine, la réalité d’une fracture,
ce soir, la peur est ce lit dans lequel nous nous coucherons
les os fendus et la chair à vif.

Que jamais nos jardins ne deviennent exsangues, plus faibles que les terres de cendre.
Que la pluie sur nous soit toujours aussi douce, que jamais elle ne nous transperce d’un froid
sans remède,
et la rosée, qu’elle reste translucide au matin et jamais n’ensanglante le cœur des corolles.

Notre peur n’est pas de mourir
Nous pourrions ne faire que passer,
Partir et laisser d’autres cultiver nos jardins.
Mais ce soir la fatigue est grande, nous pleurons sur ce qui grandit comme un trou d’ombre au loin,
pas si loin, nous pleurons sur les chemins humides
Dont les flaques rouge-sang nous avaleraient comme des bouches avides.

Il nous faut pourtant des forces pour continuer encore.
Nos fils et nos filles au regard tendre,
leur douceur si chère à notre âme.
Nous avons voulu pour eux la beauté du jour tissée d’ombres délicates
espérant toujours dans le pouvoir de la dentelle quand

kalachnikovs, notre peur n’est pas de mourir.
Que les graines ne se dénaturent , qu’aucun arbre ne pousse chargé des fruits de la cendre,
Tout, hormis le non-sens lorsqu’il dérègle les battements de cils du monde.
Ce soir la fatigue est grande et nous pleurons sur notre peur
de voir nos paupières murées et que l’on fige notre souffle sans nous tuer

sans nous tuer.

novembre 2016

Tremblants

Tremblants

Nous regardions au ciel s’élever les ballons
Nous étions encore
sur la terre nourricière
plus d’un
qui marchions en arrière
l’éternité à nos talons.

 

Dans le rouge ciel s’élevaient les ballons
brûlants si tant du limon de nos larmes
nous étions encore
debout, vaincus et sans souffle
qui regardions plus haut
fondre le sang de notre déraison.

 

Des éclats de ciel divaguaient nos poumons
Nous étions encore
sur le sol en tourment
libres de vent
aux confins de nos vertiges,
Tremblants.

 

Nous regardions au ciel s’élever les ballons.

2014