kalachnikovs

Il nous faut pourtant des forces pour continuer encore.
Ce soir la fatigue est grande,
la tristesse comme un froid qui nous mord du dedans.
Autour de nous, l’air déchiqueté en éclats irrespirables.

Kalachnikovs
Cette facilité du sang, contagion de la haine, la réalité d’une fracture,
ce soir, la peur est ce lit dans lequel nous nous coucherons
les os fendus et la chair à vif.

Que jamais nos jardins ne deviennent exsangues, plus faibles que les terres de cendre.
Que la pluie soit toujours aussi douce pour l’homme, que jamais elle ne nous transperce d’un froid
sans remède,
et la rosée, qu’elle reste translucide au matin et jamais n’ensanglante le cœur des corolles.

Notre peur n’est pas de mourir
Nous pourrions ne faire que passer,
Partir et laisser d’autres cultiver nos jardins.
Mais ce soir la fatigue est grande, nous pleurons sur ce qui grandit comme un trou d’ombre au loin,
pas si loin, nous pleurons sur les chemins humides
Dont les flaques rouge-sang nous avaleraient comme des bouches avides.

Il nous faut pourtant des forces pour continuer encore.
Nos fils et nos filles au regard tendre,
leur douceur si chère à notre âme.
Nous avons voulu pour eux la beauté du jour tissée d’ombres délicates
espérant toujours dans le pouvoir de la dentelle quand

kalachnikovs, notre peur n’est pas de mourir.
Que les graines ne se dénaturent , qu’aucun arbre ne pousse chargé des fruits de la cendre,
Tout, hormis le non-sens lorsqu’il dérègle les battements de cils du monde.
Ce soir la fatigue est grande et nous pleurons sur notre peur
de voir nos paupières murées et que l’on fige notre souffle sans nous tuer

sans nous tuer.